mardi 24 mai 2011

Hé ho, hé ho, je rentre du boulot

Bonjour bonjour,

Petite précision avant de commencer : je suis assez fatiguée (globalement parce qu'il se passe pleins de trucs chouettes) ce qui veux dire que je ne garanti en rien la pertinence, la cohérence, le niveau orthographique etc. de ce petit texte - je vous l'accorde, c'est jamais garanti, mais là encore moins - .

   Ceci étant dit, allons-y gaiement!

   Première nouvelle, contrairement à ce qui était annoncé et parce que Sigrun, Emma et Viky me l'ont proposé, j'emménage de manière définitive dans l'appart! Je vais dormir sur le canapé jusqu'à ce que ma chambre soit disponible (ie le 1er juin) mais même comme ça c'est 1000 fois mieux qu'à la guest house, autant vous dire que je n'ai pas eu l'ombre d'une hésitation. L'ambiance est rudement joyeuse et la vie parait plus douce. Tant que je suis dans la catégorie "bonnes nouvelle liées à la colloc' " en voici une autre, Viky est arrivé la semaine dernière en direct de la Norvège. Il ne ressemble pas du tout à un Norvégien - même s'il en a la nationalité - car ses deux parents sont Indiens. Il a de la barbe et beaucoup de cheveux, que je suis sensée lui couper. Je sens qu'on va s'amuser... Il a un sens de l'humour tout à fait sympathique et à l'air facile à vivre au quotidien donc je la sens plutôt bien cette colloc'.

   Un des très nombreux points positifs de cet appart est le journal local en anglais déposé tous les matins tôt devant la porte. Je me suis donc mise à lire les news couleurs locales. C'est - comment dire - différent des journaux occidentaux. La première chose qui frappe est l'omniprésence à chaque page de faits divers sordides. Dans un pays en voie de développement de plus de 150 millions d'habitants, on imagine plutôt bien tous les fous et accidents horribles qui peuvent arriver mais tous les matins au petit dej' photos à l'appui c'est pas le meilleur moyen pour se mettre en appétit quand même. Cela rejoint ce que Corentin et Ary m'ont raconté, ils ont vus des affiches avec la photo de quelqu'un égorgé et en-dessous la photo de 4 ou 5 suspects. Vous imaginez? Il y a 3 ou 4 innocents (je ne me souviens plus du nombre exact) dont le visage est assimilé au meurtre sanglant de quelqu'un. Un peu spécial... Sinon, il faut avouer que lire la presse locale permet d'apprendre pleins de choses sur le pays. Quelques histoires lues ces derniers jours en vrac :
   Dans les bus publics de Dhaka il y a des contrôleurs dont la mission n'est pas de s'assurer que tout le monde paie bien son ticket mais plutôt de regarder combien de plus que le tarif légal les usagers ont-ils payé. C'est le monde à l'envers. Il y a un gros scandale dont le cœur du problème est qu'en réalité personne ne sait quel est le tarif légal (et ça arrange pleins de gens).
   Je ne sais quelle entreprise était en train de creuser un terrain entre deux immeubles pour construire un parking souterrain. Sauf qu'ils ont creusé à ras des deux immeubles qui encadraient le terrain en renforçant les bords du trou avec des bouts de bambous. Donc de très grosses fissures sont apparues sur les murs des deux immeubles, ils ont été évacués en urgence et se sont écroulés sur le terrain en construction.
   Je vais m'arrêter là pour aujourd'hui mais tous les jours vous trouvez des curiosités dans les pages du Daily Sun. A l'occasion je vous en reparlerai.

   Par ailleurs, nous sommes à priori rentrés en période de mousson. Je dis "à priori" car je n'ai pour l'instant pas eu de réponse catégorique ni dans un sens ni dans l'autre à cette question. Il n'en reste pas moins que les signes extérieurs sont là. Nous avons un orage quotidien, plus ou moins fort mais qui dure en moyenne une bonne heure seulement et le niveau d'eau de la Bengsha river (je ne sais pas l'orthographe exacte, c'est la rivière qui longe le chantier naval) a beaucoup monté. La lumière juste avant et après l'orage est incroyable. La différence de température aussi! En tout cas ces orages sont assez soudains un avantage est que l'effet sur le moral est plus énergisant que "crachin breton". Par contre il vaut mieux anticiper avant de prendre son vélo. Je me suis faite avoir hier en allant à mon cours de Bangla, la pluie - ou plutôt le torrent venu du ciel devrais-je dire - a commencé à tomber pendant le trajet et je suis arrivée trempée jusqu'aux os. Mais les Bangladeshis sont toujours aussi sympathiques et ils m'ont prêté des bouts de tissu dans lesquels m'envelopper le temps que mes habits sèchent. Par contre, il faut faire attention aux pièges sur la route, car ce qui peur paraître être une innocente petite flaque d'eau peut se révéler être en réalité un grand trou dévoreur de chaussures... Mais ce n'est pas tout. J'étais l'autre jour sur le chantier naval Tara Tari pendant un orage. Un des éclairs est tombé vraiment pas loin puis l'orage est passé. Ce n'est que plus tard que nous avons repéré un attroupement sur la rive d'en face (quelques centaines de mètres) : une vache venait d'être foudroyée!

   Pour marquer le coup du départ de Corentin pour la France (il y reste un mois et demi il me semble), nous avons fait une petite soirée. Je ne suis pas une alcoolique (vous me connaissez) mais un peu de bière (et de rhum) ne font pas de mal. Je suis donc allée à une warehouse pour en acheter. Sauf que j'avais mal calculé mon coup et j'étais en  vélo pour ramener un pack de bière. Il se trouve que j'ai permis à un monsieur qui était là en même temps que moi d'acheter plus de bière car pour un passeport on ne peux acheter que deux packs. Alors il a enregistré un de ses packs sur mon passeport. Pour me rendre la pareille, quand il a vu que j'étais en mauvaise posture avec mon pack de bière, il m'a proposé de le ramener chez lui (tout près du bureau) pour que je puisse passez le prendre avec un sac à dos après le travail. Tout ça pour vous dire que lorsque j'y suis allée pour récupérer mon fameux pack, la femme qui m'a ouvert (sa femme donc) a été incroyablement accueillante et m'a invitée à manger des nouille avec elle et son amie qui était là. La femme, Aris il me semble, est une écrivaine qui viens de Malaisie (une malaisienne?), mais elle n'écrit qu'en malaisien et son amie, au nom imprononçable, est la femme d'un diplomate américain. Ce qui est amusant c'est que l'ambassade Américaine du Bangladesh a une politique plutôt sympa à l'égard des femmes de diplomates : si elles veulent travailler, un poste est créé pour que ce soit possible. Enfin quand même ça ne donne pas envie parce qu'étant donné que ce sont des personnages officiels, ils n'ont pas vraiment le droit de sortir de Dhaka. Plus de 2 ans sans mettre un seul pied en dehors de cette ville ça doit être déprimant. Au final c'était un moment plutôt incongru et complètement inattendu. J'y suis restée une heure et demie -quand même!- et en suis repartie avec le numéro de deux dames ayant la cinquantaine voulant me cuisiner des bon petits plats de temps en temps car je leur rappelle leur fille de mon age... Ça me va pas mal, les nouilles aux vraies crevettes étaient délicieuses!

    Vendredi dernier, Emma nous a emmenées Zafron (une anglaise qui est ici car son mari travaille à l'ambassade du Royaume Unis au Bangladesh, mais elle s'ennuie pas mal) à New Market. C'est un endroit incroyable. Encore un. Il y a un étage où on peut emmener ses tissus et les faire imprimer avec le ou les motifs, couleurs de son choix. C'est génial! Le degré possible de personnalisation des habits est assez fou ici. Nous sommes aussi allées dans un marché plus typé occidental où je me suis trouvé 3 robes légères que je porteraient à l'intérieur mais également un maillot de bain! C'est un enfant de 10 ans qui me l'a vendu en négociant âprement et de manière très détachée. Néanmoins ce n'est pas tous les jours que j'achète un bikini à un jeune garçon qui me demande si c'est bien ma taille. Bon, il faut quand même préciser que ce maillot est archi moche et un peu petit mais au moins il me permettra d'aller à la piscine en attendant que je récupère celui que mon adorable Mamoune m'a fait envoyer par l’intermédiaire de Thibault (que je remercie une fois de plus pour ce beau geste citoyen). En bref, New Market c'est un endroit farfelu où l'on peut trouver presque tout si tant est que l'on n'est pas trop découragé par la chaleur, le bruit, l'agitation et les interpellations incessantes des locaux pour venir voir leur magasin.

   Demain je pars avec Yves pour visiter une usine de Véolia il me semble et jeudi soir, toute la colloc' + Ary nous retournons à Cox's Bazar pour deux jours cette fois-ci. On va dormir dans une magnifique maison en bois sur pilotis dans un endroit désert où on n'est pas observés à la loupe par les Bangladeshis et nous allons bien évidemment refaire du surf. Top!

   J'espère que la sécheresse Française n'affecte pas trop les plantations ce ceux qui en ont... En tout cas, portez vous bien et vive la France!

lundi 16 mai 2011

Joli mois de Mai

Asalamaleikoum!

   Alors alors, par quoi commencer... Par DSK? C'est fou cette histoire. Mais ici, ça les intéresse beaucoup moins que d’essayer de comprendre comment une loi interdisant le port de la burqa a pu être votée.

   Mais pour parler de choses plus légères, je vous avais promis des explications culturelles sur leurs superstitions. Je vais commencer par une petite histoire :
   En début d’année, un bus public transportant une trentaine de personnes est tombé dans l’eau en sortant de la route sur un pont se trouvant sur la route entre Dhaka et le chantier naval Tara Tari (je connais donc cette histoire par Yves qui passe tous les jours sur cette route). C’était une journée ensoleillée, sans vent ni pluie ni rien et la profondeur de l’eau à cet endroit et cette période de l’année était d’environ 4m (le bus mesurait facile 3m de haut). Aussitôt, 150 personnes dont des gens de l’armée, des plongeurs avec bouteille etc. se sont activés sur place pour essayer de retrouver le bus. Ils ne l’ont trouvé que 3 jours plus tard … exactement où il était sensé être en calculant très grossièrement la trajectoire du bus connaissant l’endroit où il était sortit de la route. Pourquoi un délai aussi long ? Parce que figurez-vous que ce n’est pas possible que le chauffeur ait perdu le contrôle de ces bus centenaires. Donc la seule explication plausible est que les génies ont montré au chauffeur une autre route, qui allait dans la rivière, et ont caché la vraie. S’ils ont fait ça, c’est qu’il y avait une raison – inconnue certes – mais une raison quand même, une explication pas compréhensible par le commun des mortels. Comme il ne faut surtout pas contrarier les génies qui ont voulu que le bus aille dans la rivière avec tous ses passagers qui ne savent pas nager, il ne fallait pas trouver le bus trop tôt. C’est la raison pour laquelle les 150 personnes qui s’activaient autours du bus ont cherché partout sauf à l’endroit où il était pendant 3 jours avant de finalement regarder là où le bus était sensé se trouver.

   Autre nouveauté : j’ai vu beaucoup de bébés avec une tache noire plus ou moins grosse (au moins aussi grosse que le bout d’un gros pouce) sur le front du coté droit, aussi bien dans les campagnes qu’à Dhaka. Je ne savais pas du tout ce que c’était et quand j’en ai parlé à une des chirurgiennes esthétiques Canadiennes qui était sur le bateau hôpital, elle m’a expliqué que ce devait être une tache de naissance. J’ai trouvé ça un peu curieux qu’autant d’enfants aient une tâche de naissance exactement au même endroit mais après tout, je n’y connais rien de rien alors pourquoi pas. En fait l’explication est beaucoup plus intéressante. Il est de notoriété publique que les génies « prennent » les plus beaux bébés. Donc les parents défigurent leurs enfants en dessinant au charbon une marque noire sur le front pour les rendre asymétriques et donc moins beaux, comme ça ce sont les enfants des autres qui sont pris.

   Dans un registre un petit peu différent, les cheveux de tous les enfants sont coupés très courts. Filles y compris. Mais là il n’est pas question d’esprit, c’est uniquement pour que les cheveux repoussent plus beaux et plus forts (même s’ils sont déjà beaux et forts). Toujours est-il que c’est assez spécial de voir des petites filles rasée. Autant à Dhaka on pourrait presque dire que ça passe car les petites filles sont habillées en robes (qui sont assez spéciales d’ailleurs) autant dans les villages c’est plus compliqué de distinguer les garçons des filles car la majorité des enfants sont en short…

   Et tant qu’on est dans les cheveux je continue, à partir d’un certain âge (8-9 ans), on laisse les cheveux des filles pousser et on les attache en palmier sur le dessus de la tête. Au début je trouvais ça plutôt mignon, jusqu’à ce que j’apprenne la vraie raison. En réalité, il vaut mieux que les génies attrapent les filles – moyennement utiles – et non pas les garçons – très utiles – et comme ils attrapent les enfants par les cheveux pour les emmener autant les aider à choisir les éléments les plus remplaçables de la communauté : les filles. D’où le queue de cheval qui assure une bonne prise aux génies.

   C’est sympa tout ça non ? Ce qui m’étonne le plus c’est le fait que l’immense majorité des gens qui font ça (l’immense majorité du peuple Bangladais) est musulmane. Comment combinent-ils ces superstitions avec leur religion ? Mystère et boule de gomme. Je vais essayer d’en savoir plus et je vous tiendrais au courant.

   Sinon, quoi de neuf… ? Et bien Friendship m’a officiellement proposé de rester plus longtemps ! Sauf que dans les budgets que l’on prépare, je ne suis affectée à aucun poste. Runa a l’air bien décidée à ne surtout pas me donner le plus petit pouvoir, ne serait-ce que par le titre. Mais c’est pourtant moi qui supervise les opérations et forme les gens. Donc je suis un genre de consultant pour Friendship. En bref, ce n’est pas encore très clair cette histoire. Pour ça, c’est vraiment très chouette que Raphaële fasse partie du voyage, je pense qu'elle pourra m’aider à avoir un statut que soit juste.

   Par ailleurs, j’ai changé de collègues dans mon bureau. Avant j’étais avec Atwar et Nayeem (qui sont partis dans un bureau Friendship ailleurs à Dhaka) et maintenant je suis avec une femme, Zafar, Masud et un autre gars. Pour la femme c’est de plus en plus gênant parce qu’on discute de temps en temps et qu’on sympathise mais je ne sais pas comment elle s’appelle. Je suis sûre qu’elle me l’a dit quand on s’est présentées mais je ne l’ai pas retenu (ils sont pas simples leurs noms aussi !). Et comme plus le temps passe, plus c’est difficile de lui demander son prénom, je ne sais pas encore comment je vais m’en sortir… Zafar mon voisin d’en face, est très riche je pense, il m’a dit qu’il sait lire le bangla mais il ne sait pas l’écrire car il est allé dans une école anglaise toute sa vie,  il n’a absolument aucune idée du prix d’un trajet en Rickshaw (je crois qu’il n’en a même jamais pris). C’est un gars plutôt sympa qui parle très bien anglais, mais il joue au gars important et surbooké alors qu’il lit le journal plus que régulièrement pendant ses heures de boulot alors ça ne fait pas très sérieux. Et le peu que j’ai eu affaire à lui (pour des histoires de chauffeurs ou autre) il n’était pas fiable. Mais en voisin de bureau il est agréable, il met de la musique tranquillou de temps en temps, ou alors il chantonne. Masud c’est un peu l’homme fantôme, on est dos à dos mais il ne m’adresse jamais la parole, et je n’ais aucune idée de ce qu’il fait. Enfin, le dernier gars, je ne sais pas ni son nom ni son job mais à priori il est moyennement efficace, je le vois des journées entières en train de jouer aux cartes sur l’ordi. Après tout, tant qu’il ne me gène pas je m’en fiche un peu.

   Enfin globalement, l’ambiance est quand même moins studieuse qu’avant. Mais plus tranquillou et moins prise de tête donc je pense que je préfère.

   En petit "soucis" récent j’ai eu la mort de mes ex-nouvelles chaussures. A raison d’une paire de chaussure toutes les 3 semaines, je trouve ma consommation un peu élevée quand même. Surtout qu’ici la taille de pied standard c’est 35. Alors quand je trouve un modèle où mon pied rentre en entier (je précise que je fais du 39 en France, au cas où certains d’entre vous m’imagineraient avec des pieds immenses), ce qui n’est pas le cas dans toutes les boutiques, je n’ai pas le choix ni de la couleur, ni du degré de paillette. Donc la paire que j’ai achetée quand j’étais sur le terrain était toute dorée avec des fleurs dont le cœur était en faux diamants. Et encore, mon pied ne rentrait pas dans la largeur donc j’ai du couper une des lanières et refaire un nœud à un autre endroit. La classe internationale ! Quelle durée de vie pour ma nouvelle paire de chaussure ? Une fois de plus, qui vivra verra.

   Il parait qu’en ce moment le temps est merveilleux en France. J’espère que vous en profitez bien ! Ici je découvre toutes les subtilités très subtiles du climat tropical. En moyenne il fait 39°, ce qui fait je l’ai l’impression de sortir du hammam à chaque fois que je fais du vélo (oui, maintenant j’utilise le vélo que Ayeleen m’a prêté, c’est trop super – et rassurez-vous, je ne prends pas les grandes avenues et je fais très attention –) mais étonnamment c’est tout à fait supportable. Vous me direz « tant mieux » et vous aurez raison : ça devrait être de pire en pire pendant 2 mois encore. Autre subtilité très subtile : les orages. Il fait beau, il fait chaud, les oiseaux chantent, donc je sors paisiblement faire des courses, et soudainement (en 5 min !), un vent à décorner les bœufs se lève, tout le monde cours partout et 10 min plus tard ce sont des trombes d’eau qui tombent… Plusieurs personnes m’ont déjà raconté qu’ils ont vu des vaches voler juste avant la pluie, tellement le vent était fort. Il faut dire que les vaches d’ici, elles ne sont pas bien costaudes. C’est plutôt comme des grosses chèvres qui feraient meuh. Mais lors de la dernière giboulée du joli mois de Mai, je me suis retrouvée à courir les yeux fermé ou presque (à cause de la poussière qui vole partout quand il y a du vent) comme une dératée les chaussures à la main pour essayer d’arriver avant la pluie chez moi car mon sac en tissu est moyennement étanche et le portable qui était dedans pas beaucoup plus.

   Autre nouvelle sympathique, cette semaine je suis dans mon futur appart ! Et oui, Emma est partie chez une de ses amies qui n’aime pas être toute seule et dont le mari est en déplacement à l’étranger et elle m’a adorablement proposé de me prêter sa chambre pour la semaine. Je suis d’autant plus heureuse que j’ai appris il y a quelques jours que personne ne sait qui sont les gens qui dorment dans le salon de la guest house. Donc non seulement ce n’est pas très agréable de ne jamais savoir qui je vais voir en allant me coucher le soir ou en me levant le matin, mais en plus c’est quand même moyennement rassurant.
Donc cette semaine je suis dans le nouvel appart, la semaine prochaine est ma dernière dans la guest house et ensuite j’emménagerai définitivement dans ma nouvelle chambre ! Pour info, un Norvégien arrive en même temps que moi dans l’appart, il prends la place de Sigrun et la fille Norvégienne qui remplace Emma arrive en Juillet. Ils font tous les deux un stage de 6 mois il me semble. J’ai aussi appris qu’un groupe de 5 Français arrive pour 6 mois début septembre. Mais d’ici là j’ai le temps de voir venir.

   Enfin, quelques mots sur la virée surf : c'était topissime! Déjà, le trajet en bus est beaucoup plus confortable que prévu avec la clim et des fauteuils qui s'inclinent plus que dans les TGV. Bon évidemment, il y l'éternel klaxon, meilleur ami du chauffeur Bangladeshi et tous les virages au dernier moment pour éviter au choix une poule, un scooter ou un camion qui arrive pile en face. Mais au final en dormant la majeur partie du temps et avec des bonnes boules quies, on ne s'en aperçoit même pas. Nous avons donc débarqué sur le coup de 9h30 à Cox's Bazar. La plage est pas mal, pas aussi belle qu'une plage Corse mais plus propre que ce à quoi je m'attendais. Par contre il n'y a pas grand monde qui se baigne. Globalement le public est assez riche comparé au reste du Bangladesh et ce sont surtout des petits couples qui viennent y passer quelques jours.

  On n'a pas eu trop de mal à trouver le club de surf étant donné que le gars a tagué "Surfing Bangladesh" en gros un peu partout. Mais lorsque nous sommes arrivés au fameux endroit (à 5 min en rickshaw de la plage), il n'y avait personne. Donc après un épisode de nage effrénée contre les vagues pour essayer de trouver le fondateur du club de surf du Bangladesh, nous voilà tous les trois (Corentin, dont c'est l'anniversaire, Ary et moi) à barboter dans l'eau super bonne avec nos planches. Très vite, Ary et moi sommes largués par Corentin qui va plus loin pour avoir de meilleures vagues. Mais en tant que débutants, les vagues du bord sont parfaites : ni trop petite - pour avoir quand même des sensations - ni trop grosses - pour ne pas avoir peur-. Tenue des filles : Sarwal Kameez. Pour essayer d'être un peu plus à l'aise, je me suis mise en pantalon et T-shirt mais Jafar, le surfman, me prête un short et un lycra, ce qui est top pour faire du surf. Par contre, la différence de bronzage entre mes bras / tête (bien dorés) et les jambes (elles n'ont jamais été aussi blanches) est tout à fait sympatoche. Heureusement qu'il n'y a pas 200 Bangladeshis sur la plage qui nous observent à la loupe et veulent prendre des photos avec nous...  Jafar a été adorable, il nous a montré un reportage réalisé il y a 3 ans par l'équipe de "surfing the nations" c'était marrant. On y apprend notamment que pendant plusieurs années, Jafar a utilisé sa planche de surf comme si c'était une body board avant de découvrir en regardant la télé qu'il était sensé se mettre debout (maintenant il en fait debout). Il a aussi écrit un mail à un pro pour lui demander "de la gomme pour son bateau" il fallait comprendre "de la wax pour ma planche de surf"... Enfin bref, après une journée soit dans l'eau soit dans un super resto Bangladehi indiqué par notre ami Jafar (que nous avons invité à déjeuner), nous sommes repartis bien claqués mais heureux. Le retour en bus s'est lui aussi déroulé sans encombres, mis à part la fouille du bus au petit matin par des policier à l'allure débonnaire. Tout s'est bien passé mais mon voisin de bus a été fouillé minutieusement et de manière pas très correcte. Mais ça n'a pas duré longtemps. Conclusion de ce petit séjour : à refaire!

   Le mot de la fin sera à propos d’une histoire que vous avez sûrement tous oubliée : le « concert » de guitare. Apparemment c’est demain et je suis attendue de pied ferme par environ 1000 bouddhistes…

dimanche 8 mai 2011

Un mois déjà...

Hello!

   Eh bé, il s'en ai passé des choses déjà et le temps file file! Je n'ai pas du tout l'impression d'être partie depuis un mois...

   Je suis désolée d'avoir attendu tout ce temps pour mettre des nouvelles. Il se trouve que la préparation de la visite de GDF Suez a été mouvementée et plutôt intense et que l'équipe n'est partie que jeudi dernier.

   Alors alors, je vais déjà commencer par vous briefer sur le projet qui m'occupe et l'état d'avancement.

   Comme je vous l'ai déjà dit, les habitants des chars sont les plus pauvres du Bangladesh. Il est estimé que moins de 20% de la population a accès a l'électricité (pour le Bangladesh, environ 47% des habitants y a accès. Mais cela ne veux pas dire que c'est permanent. J'en ai fait l'expérience en restant presque une semaine dans le noir à Gaïbandha). En tout premier les gens ont besoin de lampes, d'un moyen pour recharger leur téléphone portable, d'un frigo... Les lampes sont un élément stratégique car cela leur permettra de s'affranchir de l'achat du kérosène : ils doivent aller sur la terre ferme pour cela mais aussi car cela va réduire de beaucoup les accidents de brûlure. Sans compter que les lampes électriques ont une lumière plus forte, sans fumée.

   Concrètement, nous voulons mener simultanément 4 projets pilotes qui amènent de l’électricité aux habitants des chars. Dans ces quatre projets, nous allons combiner à la fois des solutions techniques, mais aussi des solution de financement différentes, selon que le public considéré est plus ou moins très pauvre.Pour cela, nous allons créer des mini-réseaux électriques qui concerneront chacun une trentaine de maisons. Chaque maison sera équipée d'un compteur de consommation. Outre le fait que cela permet de proposer un tarif social de l'électricité (plus on concomme plus le prix du kWh augmente), le principal avantage est surtout la grande flexibilité de ce système. Etant donné que les revenus des habitants sont saisonniers, avoir un compteur permet aux gens de pré-payer leur consommation, ou alors de choisir de ne pas allumer la lumière pendant une semaine pour ne pas avoir à payer à la fin de la semaine. Sans compter le fait que c'est un système qui s'adapte aux "riches" comme aux pauvres, puisqu'il permet d'alimenter au choix juste une lampe ou bien trois lampes, un ventilateur et une télé. Dans les zones où les maisons sont éparpillées et où il n'est pas judicieux techniquement d'installer un mini-réseau, les gens auront chacun une batterie, plus ou moins grosse selon ce qu'ils veulent alimenter chez eux et ils iront tous la recharger au même endroit. Ce système de centre de recharge permet de réduire considérablement le coût de l'électricité.

   A priori (je n'ai pas encore fait l'étude précise) entre 50 et 60% de la production d'énergie sera d'origine solaire. Le reste de la production sera effectuée par hydroélectricité. La mini centrale hydraulique sera installée sur un bateau qui pourra se balader pour aller là où le courant est le plus fort. La journée il recharge les batteries et le soir elles sont emmenées au village pour alimenter le réseau. Ce bateau est à concevoir. Je pense que vous voyez d'où vous êtes les étoiles dans mes yeux ! Nous allons travailler avec le chantier naval Tara Tari, Yves est très enthousiaste pour ce projet, il avait déjà pensé à cette option pour produire de l'électricité il y a dix ans... Donc ils vont s'occuper du bateau en lui-même, sachant que Marc Van Peteghem (architecte naval co-fondateur de l'agence VPLP qui signe parmi les plus grands catamarans du monde) va aussi à priori travailler au dessin de ce bateau qui sort de l’ordinaire. Et ce n'est pas tout! Si le budget nous le permet, nous espérons pouvoir intégrer de la fibre de jute au bateau. Corentin et Ary, deux des Français dont je vous ais déjà parlé travaillent à l'élaboration d'une fibre de jute utilisable dans la fabrication des bateaux. Ce projet peut leur servir de laboratoire grandeur nature. Et parce qu'il n'est pas question que les batteries utilisées aillent polluer les incroyables chars, je suis à la recherche d'un organisme qui rachète pour les recycler les batteries usagées. Cette vente financera en partie le rachat de la nouvelle batterie.

   L'idée de combiner de l'énergie solaire et hydraulique est partie d'un constat très simple : pendant la mousson, la ressource solaire est faible à cause des nuages qui assombrissent le ciel la plupart du temps alors que le courant du fleuve est au plus haut. La fusion des deux coule de source...

   Comme vous pouvez le constater, rien que techniquement, nous avons là un challenge incroyablement riche!

   Ce projet rassemble trois partenaires. La fondation GDF Suez en est le mécène, Friendship l'opérateur et Greenopie. Ce dernier partenaire est une petite entreprise de consulting créée par Raphaële, une femme remarquable qui travaillait pour GDF Suez et est maintenant une consultante pour eux. Mais dans cette affaire elle ne joue pas uniquement un rôle de consultante puisque c'est elle qui a rapproché la fondation de Friendship, qui a œuvré pour débloquer les fonds etc. Donc elle n'est pas uniquement conseil, elle est l'interface opérationnelle en charge de la cohérence du projet et s'occupera aussi en temps et en heure de la partie communication et marketing.


   En tant que projet pilote (subdivisé en 4 sous-projets), ce programme va être un outil de recherche à la Esther Duflo c’est-à-dire recherche empirique et analyse de tout ce qu’il se passe. L’objectif est double : Friendship va utiliser les résultats de cette étude pour faire un « scale up » du projet à partir de l’année prochaine, en allant peut-être jusqu’à proposer des mini-réseaux électriques pour 200 chars ou plus. Coté Fondation GDF Suez, ce qui les intéresse c’est de s’appuyer sur un retour d’expérience finement mené pour dupliquer (en adaptant) le process à d’autres pays dans le monde (Amérique du Sud, pays d’Afrique etc.). La raison d’être de cette fondation étant d’améliorer l’accès à l’électricité des populations les plus pauvres sans oublier d'avoir un retour communication le plus intéressant possible.

   En terme de planning, l’objectif est de travailler sur la définition du projet tant d’un point de vue recherche, technique et économique jusqu’en septembre prochain et de viser une implémentation sur le terrain en octobre / novembre puis de faire tourner le projet pendant un an. Il y aura ensuite 2 ou 3 mois d’analyse des résultats et d’adaptation avant l'extrapolation du projet à un plus grand nombre de chars.

   Pendant les 2 semaines que j'ai passées dans les chars, j'ai travaillé de concert avec Kabir pour officiellement faire une étude de faisabilité. C'est ce que nous avons fait, même si elle est largement perfectible et que nous allons en faire une autre dans les règles de l'art pour sélectionner les chars où nous feront les projets pilotes. Officieusement, je voulais voir par moi-même, prendre la température des habitants, saisir leurs attentes et leur maturité à l'égard de l'électricité. J'ai été bluffée. Une fois de plus. Mais je vous en ai déjà parlé...

  Vous voilà briefés,maintenant place aux nouvelles.

   Tout d'abord, je vais m'occuper de la partie recherche empirique de ce projet. Pour mieux comprendre ce que ça veux dire exactement, je vous invite à lire cette interview de Esther Duflo :
 Elle y dit des choses très intéressantes. Je vous propose aussi ce lien mais je ne sais pas s'il fonctionne pour les gens qui ne sont pas abonnés au monde :
De toute façon, il y a plein d'article sur elle sur internet, si vous voulez fouiller un peu, vous devriez trouver des infos sans trop de problème. Le but est donc d'analyser aussi précisément que possible les conséquences de notre projet sur la réduction de la pauvreté et la favorisation (je ne sais plus si ce mot est Français ou pas... Ce ne sera pas la première ni la dernière erreur de Français de ce blog, heureusement que vous êtes tolérants!)  de l'accès à une vie meilleure. C'est un moyen pour s'inspirer de ce qui marche et ne pas reproduire ce qui ne marche pas.

   Donc, et c'est là que je voulais en venir, il est plus que probable que je reste un an et quelque de plus au Bangladesh. A vos billets d'avion! Le poste de recherche est officiellement créé dans le budget de la fondation alloué à ce projet et je sais de source sûre que Friendship et la fondation sont d'accord pour que je m'en occupe. Mais pour l'instant "on" ne m'a pas encore proposé officiellement de rester. Héhéhéhéééé...

   Autre nouvelle : j'ai une super piste pour emménager en colloc' avec deux filles très cool d'ici la fin du mois!  Il y a Emma, une Anglaise qui bosse pour Oxfam (ONG Anglaise) et qui est au Bangladesh jusque fin juin il me semble et Sigrun, une Norvégienne qui bosse pour l'ambassade de son pays. Elle part à la fin du mois. Je n'ai pas compris si je vais aménager maintenant avec elles ou si elles préfèrent que ce ne soit qu'à partir de début juin. Il me semble que si j'emménage maintenant ce sera dans le salon. Je vais les voir ce soir, on va en discuter. En tout cas c'est archi-top car on rigole déjà bien et l'appart est à 10 min à pieds du boulot ce qui est inespéré!

   Voilà pour les grandes nouvelles. En petite nouvelle je peux vous dire que pour fêter l'anniversaire de Corentin, Jeudi soir prochain, Corentin, Ary, peut-être mes futures colloc' un autre gars que je ne connais pas et moi prenons un bus de nuit pour Cox's Bazar, une plage de 120km de long au Sud du Bangladesh pour se faire une virée surf! Retour en bus dans la nuit de vendredi à samedi car Corentin a prévu un barbecue pour fêter son anniversaire avec des gens qui l'ont aidé dans son projet. Et comme lui et Ary ont beaucoup de travail en ce moment, nous ne pouvons pas rester plus longtemps. Je pense qu'on va bien rigoler... J'espère que je ne vais pas couler car la tenue de bain des filles c'est sarwal kameez complet. On a connu plus aérodynamique.

   En voilà un vrai petit roman!

   Un peu de teasing : la prochaine fois je vous raconte les superstitions pittoresques que j'ai découvertes...
Siggir dekha hobe! Les paris sont ouverts sur ce que ça veux dire haha!



mardi 26 avril 2011

Am Stram Gram, Pic et Pic et Kurigram

Bonjour à tous,

Aujourd'hui peu de mots mais des photos!
Un premier album ici :
https://picasaweb.google.com/lh/sredir?uname=MarieDollly&target=ALBUM&id=5598776637202626177&authkey=Gv1sRgCJrL7s6Fmb6gkAE&feat=email
Et un second là :
https://picasaweb.google.com/lh/sredir?uname=MarieDollly&target=ALBUM&id=5599895342686891729&authkey=Gv1sRgCLOt1dnK4aXnuwE&feat=email

Sinon le travail bien, j'espère que tout sera prêt pour la visite de l'équipe de GDF Suez (l'équipe arrive vendredi 29 avril).
La région des chars est plutôt paradisiaque (selon mes critères) mais j'avoue que j'ai quand même envie de retrouver un peu d'intimité, d'autonomie, de voir d'autres gens que des collègues (mais je maintiens qu'ils sont très gentils) donc je ne serai pas malheureuse de retourner à Dhaka.

J'espère que tout roule pour vous, à très vite!

vendredi 22 avril 2011

Le vif du sujet

Hello la compagnie!

Un des nombreux magnifiques arbres de Gaïbandha
  Où en étais-je...? A oui, plan d'action et mise en oeuvre. Mardi dernier avec Kabir nous avons organisé les jours à venir afin d'être efficaces et fins prêts pour la visite de GDF Suez en fin de semaine prochaine. Globalement, le but est de sélectionner les chars sur lesquelles nous allons réaliser le projet pilote de mini-réseau. L'idée est donc de préparer un document expliquant le but du projet ainsi que le contexte culturel et technique des chars dans lequel nous voulons évoluer. Le nombre de choses envisageables ici combiné au potentiel de ces gens promet de belles choses. Vous vous en doutez, c'est absolument passionnant...

   Avec Kabir, nous sommes partis avec un questionnaire sous le bras pour faire notre étude de faisabilité. C'était extraordinaire. Les gens pigent très vite notre idée de mini-réseau électrique et sont emballés. Plus je réfléchis à cette idée, plus je suis convaincue que c'est une bonne chose. Déjà techniquement c'est un challenge enthousiasmant, et dans l'idée, avoir l'électricité chez eux va permettre à ces gens de considérablement améliorer leur niveau de vie, et donc ralentir l'exode rural. Il y a un point qui me parait particulièrement pertinent : le compteur électrique. Je vois au moins 3 avantages à cela. Le premier c'est qu'il permet d'avoir un système juste, si je consomme moins que mon voisin, je paye moins. Ensuite, il permet de faire des économies, car lorsque les gens sont conscient de leur consommation, ils y font attention. Et enfin, cela permet d'être flexible, en effet, les revenus des familles ne sont pas fixes (loin de là) et lorsqu'ils ont une semaine difficile, ils ont le choix de ne pas consommer et donc ne pas payer. J'ai pu constater qu'ils sont visiblement très sensibles à ces 3 points, ce qui me fait dire qu'ils sont prêts à bénéficier d'un tel système.

   J'ai évidemment eu beaucoup de surprises en allant prendre le temps de discuter avec ces gens-là. Déjà, je commence à comprendre plus précisément ce que les gens disent en Bangla donc je me sens intégrée à la conversation et surtout, je dépends moins de Kabir pour la traduction. Enfin ça c'est vrai tant que l'on reste dans les limites de notre questionnaire mais c'est un petit pas en avant...  Ensuite, (je sais que je me répète un peu, mais c'est vraiment frappant!) ils sont très loin de l'idée un peu simpliste que je m'en faisais. Par exemple, dans certaines familles, c'est un choix délibéré de ne pas avoir de télé, même si on leur en donne une, ils n'en veulent pas (ou juste pour la revendre) car ils estiment que ce n'est pas une bonne chose pour l'éducation des enfants.

   J'ai eu aussi quelques fous-rires intérieurs. Le plus marquant était le moment où l'on demande leur age aux gens interrogés (pour voir si les envies varient en fonction de l'age de celui ou celle auquel on pose les questions) : ils en inventent un. Et oui, ici ils n'ont pas du tout la culture des anniversaires! Du coup il y a eu pleins de fois où c'est Kabir qui leur donnait un age histoire de pouvoir écrire quelque chose et ça les faisaient rigoler. Alors on a pratiquement que des ages multiples de 5 et curieusement, sur une 50aine de personnes interrogée, pas une seule n'avait la trentaine (alors que j'aurais pensé que si quand même). Kabir juge que soit les gens sont "jeunes" soit "vieux" mais il n'y a pas de milieu. Autre chose, on a demandé à deux moments différents son age à un même gars (parce que la conversation est parfois un peu décousue) : la première fois il avait 40 ans et la deuxième 55 ans. C'est dire si c'est aléatoire!

   En arrivant dans un des villages, presque tout le monde avait une glace à la main. Vous imaginez ma surprise. Et lorsqu'on leur demandait s'ils avaient besoin d'un frigo, certains disaient oui et d'autre non alors j'étais un peu perdue (j'ai fini par comprendre qu'ils les avaient achetées à un bateau avec une glacière qui venait du continent).

Un pêcheur au milieu de nulle part
   Enfin, un des villages que nous avons visité était un nouveau village (ben oui, comme ils déménagent souvent, ça fait des nouveaux villages). Et pour notre étude nous avions besoin de mettre le nom des villages pour ne pas tout mélanger. Du coup, celui qui avait l'air d'avoir le plus d'autorité a déclaré que le village s'appelait selon sont propre nom. Ca en a fait rire certains, d'autres ont voulu protester, il les as rabroués comme du poisson pourri... Alors au final le village porte désormais sont nom. On sens quand même dans ces cas-là que l'équilibre est subtil entre toutes les familles qui vivent dans une telle promiscuité.

   Mais il y a d'autres découvertes sur lesquelles il n'est pas simple de mettre des mots. Les photos parlent un peu...

   Toutes ces idées me plaisent énormément et je suis convaincue qu'il y a ici le potentiel pour les rendre concrètes. Mais une des difficultés est ailleurs. Elle est dans le lien avec le reste de l'équipe Friendship. En effet, ce n'est pas simple de comprendre qui fait quoi, qui prends les décisions, sur quels critères... Je me vois aller au-devant de quelques déceptions de ce coté-là. Et les informations ne circulent pas très bien. Cela fait 3 jours que nous visitons des chars en faisant notre étude pour sélectionner les meilleurs endroit pour le projet pilote et j'ai appris hier que finalement "ils" (les gens du siège) ne veulent pas que le projet soit dans cette région mais plutôt dans une autre. En soit ça ne m'ennuie pas mais ils savaient très bien que je venais ici, on a perdu 3 jours.

   Enfin. Demain matin, départ en train (trop chouette!) à 6h du mat' pouuuurrr (roulement de tambour) : Kurigram! On y reste deux jours puis direction le bateau hôpital (EFH pour les intimes = Emirates Friendship Hospital) pour auditionner les chars qui sont pas très loin de lui.

   Voilà où j'en suis. Ah! J'oubliais presque : sur 6 nuit passées à l'hotel, il y en aura eu 2 seulement avec de l'électricité, les autres c'était à la bougie. Je peux vous dire que dans ce cas-là, on est sacrément heureux d'avoir de la lumière quand elle revient!

   Sur ce, à bientôt pour la suite, vous connaissez la chanson :)


mardi 19 avril 2011

Sannasir

Bonjour bonjour,

   Après environ 6h de bus (donc 4 de moins que ce que je n'avais prévu), avec deux autres Françaises qui font de la recherche en anthropologie, me voilà arrivée à Gaibandha dans le nord du Bangladesh. Le trajet était beaucoup plus confortable que prévu, et plein d'anecdotes marrantes : la sonnerie de téléphone du contrôleur de billet était "il est né le divin enfant", version remastérisée un peu Rock'n Roll. Il fallait le voir décrocher d'un air sévère et important... Ca m'a fait pensé au vendeur de je ne sais quelle sucrerie avec une chemise couverte de dessins de Cendrillons de toutes les couleurs et dans tous les sens. C'est vraiment trop marrant les T-Shirt que les hommes ont parfois.

   L'arrivée à l'hotel n'a pas été très cool parce que c'est un bâtiment assez délabré et qu'il y a très régulièrement des pannes d'électricité. Alors un peu fatiguée et malade la combinaison des deux est légèrement glauque. Pendant les blacks out il n'y a ni clim, ni ventilo, ni lumière, ce dernier point est de loin le plus gênant. Heureusement que j'avais ma petite lampe dynamo que la Tata m'a offert! Les Bangladeshis ont un autre sens de l'intimité que nous. Il y a au moins 4 personnes qui sont venues toquer à ma porte (et encore, ils ne toquent pas tous) pour m'apporter savon, papier toilette, bouteille d'eau, télécommande pour la clim (qui ne marche toujours pas d'ailleurs) et à chaque fois, ils toquent et immédiatement après ils essaient de rentrer. Ce qui n'est pas très agréable mais on s'habitue à tout (et je ferme la porte à clé).

   Lundi matin, la journée a commencé avec un petit dej' dans un resto local avec Kabir, avec qui je vais travailler pendant mes deux semaines ici. Au menu : une omelette pleine de fèves (piments) et des légumes avec une sauce qui arrache. Après ça au moins t'es bien réveillé.

   Puis nous sommes partis en bateau pour les chars. Vous pouvez voir les photos ici : http://picasaweb.google.com/MarieDollly/NouveauChar18042011 

   Une fois de plus j'ai adoré. Comme il n'y avait que Kabir et moi, j'ai pu poser toutes les questions que je voulais. je suis très impressionnée par l'ouverture dont les gens font preuve. Les hommes aussi bien que les femmes semblent très heureux de discuter avec moi et le font de manière très libre. Globaleent j'ai surtout parlé avec des gens qui ont des installations solaires autonomes avec 3 lampes et une télé. A la question "si vous pouviez acheter une seule chose parmi les suivantes, laquelle achèteriez-vous : un frigo, un ventilateur, une pompe à eau, une bouilloire, un système de filtration de l'eau?" Les gens ont tous répondu un ventilateur.

   Pendant une des visites, nous avons été bloqués 1h30 dans une des maisons car un gros orage a éclaté. Comme l'autre soir c'était très impressionnant car incroyablement soudain et fort. Ca commence avec des rafales de vent à décorner les bœufs, puis il tombe des trombes d'eau et enfin le soleil revient. En 3h de temps c'est comme s'il ne s'était rien passé. L'avantage c'est que la température perd facilement 3 ou 4°C. Au début j'ai essayé de discuter avec les habitants de la maison (et les voisins, car on se retrouvait à chaque fois avec au moins 10 personnes qui nous suivaient) mais étant donné mon faible niveau de Bangla nous ne sommes pas allés très loin. Donc j'ai proposé de faire un jeu et je me suis retrouvée à jouer au Petits Chevaux avec les enfants. C'était très sympa et marrant. C'est vraiment amusant de se rendre compte à quel point certaines choses sont universelles... Zidane fait lui aussi parti des "choses" universelles, car à chaque fois que je dis que je viens de France (ce qui arrive au moins 5 ou 6 fois par jour), les gens me parlent de lui. Mais pour revenir à nos moutons, c'est aussi facile de rigoler avec des enfants autour d'un jeu de petits chevaux ici qu'en France.

   Ils sont très demandeurs de photos et s'esclaffent à gorge déployé quand je leur montre la photo sur l'écran de l'appareil mais curieusement au moment de la photo, ils se mettent au garde à vous et il est difficile de cueillir des sourires sur les lèvres. Donc les photos ne reflètent pas vraiment le mouvement, la joie et toute l'activité qui en découlent. Il faudrait filmer quelqu'un en train de les prendre en photo pour avoir une idée de ce que ça donne. Un autre jour peut-être.

   Le retour s'est fait sans encombre, je suis émerveillée par la vie qu'il y a autours de la rivière. Dans l'album photo je n'ai mis "que" 62 photos mais il y a des scènes incroyables tous les 150m. Alors après 1h30 de bateau, sachant que nous avançons environ à 9-10 noeuds, je vous laisse faire le calcul du nombre de photos que j'ai prises...

   Le soir, pas d'électricité, ce n'était même pas une surprise, ça m'amuse...

   Aujourd'hui, pas de visite dans les chars car nous avions vraiment besoin d'établir un plan d'attaque avec Kabir. Il est très enthousiaste, ce qui est agréable, mais du coup il part un peu dans tous les sens et a du mal à se canaliser. Mais je pense qu'on devrait arriver à faire une bonne équipe.

   Considération plus terre à terre, mon ordinateur chauffe vraiement beaucoup, j'ai peur qu'il ne lache dans pas très longtemps...

   Demain, retour sur le terrain. Top!

  A très vite pour la suite des aventures...

vendredi 15 avril 2011

Mise à jour

Hello les cocos !

   Alors, que je vous explique un peu… 

   J’en étais restée à la première visite des chars. Ce fut un choc et une révélation pour plusieurs raisons. La première et la plus marquante est le décalage absolu entre l’idée que je me faisais des gens qui habitent là-bas et la réalité. Je m’attendais à rencontrer des gens un peu comme ceux qui habitent sur les trottoirs à Dhaka, c'est-à-dire rachitiques, très sales, avec souvent une vraie lueur de folie dans les yeux. Je l’exprime par le mot folie car leur regard est à la fois très lointain et complètement pénétrant. Mon monde est tellement éloigné du leur que c’est sûrement ce décalage là que je ne déchiffre pas dans leurs yeux. Enfin bref, les habitants des chars ne sont pas du tout comme ça ! Ils sourient tous la plupart du temps, discutent volontiers avec nous et semblent à mille lieux de la misère que l’on peut imaginer. Bien sur, leurs maisons ne sont pas très solides, les conditions de travail sont difficiles, tous les enfants ne vont pas à l’école, les perspectives d’avenir sont pour la plupart très restreintes, sans compter toutes les querelles entre villages et les mariages arrangés à 13 ans. Mais. Mais les chars que j’ai visités ont un avant-gout de paradis. Les gens semblent véritablement heureux, pas « corrompu » par un mode de vie basé sur la consommation. En un sens ça fait rêver ! Sans compter que l’endroit où ils vivent est magnifique. Nulle part ailleurs je n’avais vu d’endroit où l’eau se marie aussi bien avec la terre, le sable et la flore. 

   Ces chars sont des endroits très vivants, très loin de la torpeur misérable à laquelle on peut s’attendre. Les gens travaillent dans les champs alors qu’il fait une chaleur, vous ne pouvez pas vous imaginer ! On se liquéfie sur place. Surtout que pour ne pas heurter leur mode de vie et pour se protéger du soleil, il faut porter le foulard du sarwal kameez sur la tête. Il fait une chaleur à crever là-dessous.

   Ce fut donc un choc culturel (il me semble que je suis loin d’être au bout de mes surprises de ce côté-là) aussi bien qu’esthétique. Mais pas uniquement, j’ai également beaucoup appris sur la manière de faire de Friendship, sur la vision de cette ONG. Ce n’est pas très facile de mettre des mots là-dessus sans faire un peu bateau mais essayons : l’être humain est mis au centre de toutes les réflexions mais pas uniquement. Les projets sont à destination des gens biens, qui veulent vraiment s’en sortir et donner un avenir à leurs enfants mais sans pour autant être au pays des bisounours. Ce qui donne des projets à la fois réalistes, applicables, innovants et beaux. Vous vous en doutez, il n’y a pas que des points positifs. Leur mode de raisonnement est très différent du notre et les notions de hiérarchies sont très importantes, ce qui plombe un peu (voire beaucoup) la mise en œuvre des projets. En plus des difficultés inhérente à leur manière de procéder pour mener des projets, je fais face à deux désavantages qui ne me facilitent pas la vie : je suis une fille nettement plus jeune qu’eux (le plus jeune de chez Friendship a 27 ans je crois) qui évolue dans un milieu technique. Saupoudrez le tout du fait que je suis une Bideshi (étrangère) et vous obtiendrez un mélange détonnant qui a des points positifs comme des points négatifs. Ca promet. 

   Dans les chars, ma conversation avec les gens et particulièrement les enfants est assez limitée car je ne comprends pas ce qu’ils me disent. Alors on se dit mutuellement comment on s’appelle, où est notre maison et deux trois autres petites choses. Jusqu’à maintenant je disais aux enfants que je m’appelle « Mali » (ils roulent les « r ») et je trouvais leur réaction un peu bizarre jusqu’à ce qu’un de mes collègues m’explique en rigolant que « mali » veux dire « je tape »… Je vous raconte pas le fou-rire ! Du coup j’ai voulu essayer de m’appeler « Malia » mais ça veux dire « j’étais tapée » alors c’est pas forcément mieux. Finalement nous sommes tombés d’accord sur le fait que je m’appelle « Mèli », ce qui est apparemment un nom assez utilisé par ici. C’est moins chantant mais c’est mieux que de dire aux gens « je tape ». C’est donc un mal pour un bien.

  Le retour en hydravion a lui aussi été génial… Je vais essayer de mettre des photos très vite sur picasa. L’atterissage à l’aéroport de Dhaka a été assez sport étant donné le vent qu’il y avait mais le pilote était très bon. Alors tout s’est bien passé.

Le retour sur Dhaka s’est fait sur les chapeaux de roue ! Je suis allée plusieurs fois dans différents marchés avec une Bangladeshie du nom de Taslima qui est très sympa (je l’ai rencontré à l’école de Bangla, elle y apprend à écrire en anglais) et Mia, une anglaise de passage à Dhaka (1 mois) avec qui je m’entends bien. Taslima est très nature et marrante, elle nous explique plein de choses sur la culture Bangla et voudrais que je me trouve un mari au Bangladesh pour qu’on puisse se voir très longtemps. Je lui ais dit que j’allais voir ce que je peux faire mais que je ne promets rien. On a été se faire faire le haut et la jupe d’un sari chez sa couturière pour le porter le jour du nouvel an bangla, le 14 avril. C’était très amusant. Nous avons aussi commandé chacune un sarwal kameez, mais ils sont trop petits (même si mettables quand même) ce qui est un peu décevant. A priori on va pouvoir les faire agrandir un peu et il n’en reste pas moins que c’est super de choisir le tissu, le ruban, la forme etc. de ses habits. Ca me plait beaucoup. Je suis en train de me faire une super garde robe !

   Le nouvel an à la Bangla, c’est un peu l’opposé de chez nous : début des festivités au levé du soleil (=5h30 du mat’ quand même) à l’université de Dhaka, toutes les femmes en sari rouge et blanc et les hommes en panjabi (habit musulman) rouge et blanc lui aussi. La veille du jour J, j’ai dormi chez Mia car elle habite plus près de l’université que moi. Nous nous sommes levées prêtes à affronter la foule à 4h15 pour nous habiller en sari mais Mia était assez malade, alors nous sommes allées chez moi pour que je lui donne de quoi se soigner, elle s’est endormie et s’est réveillée 3h plus tard, donc nous ne sommes finalement pas allées à l’université où les festivités se terminent aux alentours de midi avec plusieurs millions de personnes, donc des embouteillages monstres. Je retiens donc du nouvel an que se balader à 5h du mat en rickshaw ressemble à une visite des gens qui dorment sur le trottoir. On n’est pas très à l’aise dans cette situation en sari chic… Nous avons aussi croisé des éléphants en plein centre ville de Dhaka. Malheureusement je n'ai pas de photo mais ça parait un peu iréel.

   Ensuite nous sommes parties à Savar, sur le chantier naval de Tara Tari retrouver les 3 mousquetaires qui se font des bateaux. Pendant l’apéro du soir, un énorme orage a éclaté, c’était très impressionnant. Nous sommes sortis en catastrophe de la maison de bambou pour essayer d’attacher les bateaux en fibre de verres qui étaient en production. Voir un bateau de 6 ou 7 m de long s’envoler comme une feuille est assez impressionnant, alors imaginez 3 bateaux en même temps… Nous étions trempés comme des poules, mais heureusement il n’y a eu que très peu de dégats sur le chantier mais lors de ce genre de coup de vent aussi soudain que brutal, il est certains qu’il y a des accidents. Au final le week-end s’est très bien passé, je me suis fait un support de guitare en bambou absolument magnifique ! Les outils des charpentiers du chantier naval sont incroyablement beaux.. Ils ont une espèce de perceuse notamment, très ingénieuse et agréable à utiliser.

   Aujourd’hui était aussi le jour de la mise à l’eau de Banglaptère (bateau de Corentin) et Zitoune (celui de Thibault) sachant que Comète, le bateau d’Ary ne devrait pas trop tarder à les rejoindre barboter dans l’eau.
Le bateau avec la voile en sacs de ciment cousus est le Banglaptère et comme vous êtes supers intelligents, vous aurez deviné que celui avec la voile verte est Zitoune.

   Je commence à me sentir véritablement chez moi à Dhaka. Le marchandage à tout bout de champ m’amuse plus qu’il ne me fatigue et je suis sous le charme des marchés de la ville, même s’il sont plutôt carrément crados !

Le fameux support de guitare
   La seule chose qui n'est pas encore top est un vrai « chez-moi ». Je n’ai pas vraiment le droit de faire le ménage dans ma chambre parce qu’ils ne veulent pas que je le fasse et en même temps ils le font mal, il y a souvent quelqu’un qui dors par terre dans la salle à manger, donc je ne peux pas petit dèj quand je veux, je ne sais jamais s’il va y avoir quelqu’un chez moi et certains banglas sont très bavards, sans compter que la cuisine est tellement crade et infestée de bestioles dans tous les coins que pour l’instant tout ce que j’ai osé faire c’est me cuire un œuf dur… Donc j’ai officiellement commencé à chercher une colloc’. J’en ai parlé aux expats que je connais pour faire circuler l’info. C’est comme ça que ça marche. Je ne suis pas vraiment pressée, mais j’aimerai trouver quelque chose de sympa pas trop loin du boulot pour m’installer pour de vrai. Affaire à suivre.

   Au programme de demain, petit tour dans le vieux Dhaka : un immense marché complètement dingue d’après les échos que j’en ai eu. J’ai hâte de voir ça… Je prendrai des photos pour vous montrer.

   Et dimanche : départ pour les chars en bus public. Ca va me changer de l’hydravion ! Je devrais y rester jusqu’au 4 mai. Mais je vous expliquerai tout ça en temps et en heure.

D’ici là, take care et à bientôt !